Le Japon – un amour destructeur

La vie est un parcours semé d’embûches. J’aurais tendance à penser que c’est encore pire si vous souhaitez partir vivre au Japon.

Quand ça veut pas

Vous vous souvenez de vos cours de math en 1ère? Mais si rappelez-vous, quand votre prof écrivait une multitude de chiffres et de théorèmes que vous pensiez comprendre et en fait… ben non. Quand vous l’appliquiez sur votre cahier d’exercice, ça ne marchait pas. Mais pourquoi bord*l !?! Et bien en tant qu’expatrié au Japon, vous ressentirez peut-être un peu la même chose. Je vous raconte ici mon expérience et mon point de vue personnel sur la situation, sans en faire une généralité.

Vivre au Japon, c’est quelque-chose d’exceptionnel, c’est une chance, c’est une expérience culturelle formidable qui vous apportera certainement beaucoup de bonheur, mais c’est aussi un nombre incalculable de freins qui viennent vous empêcher d’avancer. Et des freins il y en a! Vous vous sentirez parfois comme tenus en laisse par le destin. Mais est-ce que le Japon veut vraiment de nous? Il y a des questions auxquelles il ne vaut pas mieux répondre.

Un mur social

La métaphore est plutôt forte, mais c’est bien de cela qu’il s’agit très souvent : un mur. Autant vous prévenir dès le départ: il vous sera difficile de devenir très bon ami avec un japonais. Au moins c’est dit. Entendons-nous bien, par très bon ami, je ne parle pas de connaissance ou même de pote que vous côtoierez quotidiennement, non ça c’est facile. Mais un véritable ami avec qui vous partagez vos bonheurs, vos galères et vos moments les plus intimes… tout ce que ne font pas les japonais! C’est vous dire si la tâche est difficile! La plupart des amis japonais n’ont pas l’habitude de s’appeler à n’importe quel moment avec ce genre de discours : “Ouais, tu fais quoi là, on sort?” Non, une grande partie des “amis” japonais se calent des rendez-vous le mois suivant et se retrouvent alors au restaurant en criant “Ohhh hisashiburi!!!” et en parlant de banalités. Beaucoup d’expats s’accorderont à vous dire que les seuls véritables amis japonais qu’il est possible de se faire sont ceux qui ont vécu un long moment à l’étranger. Ceux-ci auraient alors échappé à tous ces codes sociétaux propres au Japon et goûté à l’amitié occidentale: celle où on se tape le dos, on se chambre et on parle de c*l. Certaines de mes amies japonaises ont d’ailleurs beaucoup de mal à se sentir entourées au Japon, après avoir vécu plusieurs années socialement riches en dehors du pays.

Si en amitié vous galérez, investissez en Amour… ou pas! Là encore, tout n’est pas rose, et une grande partie des couples franco-japonais ont du mal à garder la forme sur le long terme. Après quelques recherches sur le Web, au moins la moitié des mariages franco-japonais se termineraient par un divorce, ce qui ne m’étonne pas tellement. La plupart des français que j’ai rencontré et qui sont mariés à une japonaise (car oui c’est plus souvent dans ce sens là que l’inverse) n’ont pas hésité à me mettre en garde gentiment mais sûrement : “ne te marie pas avec une japonaise”. Evidemment cette phrase ne veut rien dire et n’est absolument pas à considérer telle quelle. Mais croyez-moi, quand vous entendez ça au quotidien, que vous voyez vos amis compatriotes malheureux et perdus dans une relation qu’ils ne comprennent plus, et que vous savez que beaucoup de ces couples ne se parlent plus, ne se touchent plus et vont voir ailleurs très souvent, cela refroidit légèrement! Les codes sociaux de la société et de la culture japonaise sont tellement implantés et à l’opposé des nôtres qu’un mariage mixte m’apparaît aujourd’hui comme un parcours semé d’embûches. Bon courage aux téméraires! Heureusement tout n’est pas noir et certains couples semblent fonctionner parfaitement comme Eri et David de la sympathique chaîne Japon fou fou fou.

Ah, et il y a aussi du racisme au Japon. Ben oui, on n’est pas au pays des manga et des bisounours. Heureusement, celui-ci ne se fait que rarement dans la violence. Non, ici le racisme revêt selon moi des habits plus discrets. Si vous vivez un moment au Japon, vous remarquerez alors souvent que le siège près du vôtre dans le métro reste parfois vide, même si le train est bondé et qu’il n’y a plus aucune place. Plus rageant, certains salarymen assis à côté de vous n’hésiterons pas à changer de siège si une opportunité se libère. Lorsque cela arrive, je les regarde en souriant.

Tu travailleras mon fils

Comme j’avais coutume de le souligner dans mes bilans PVT, au Japon les 35 heures… c’est du temps partiel! En matière de travail, le Japon fait en effet figure d’exemple pour un grand nombre de pays industrialisés en terme de productivité et de croissance. Quelle force de travail! Quelle fougue! Quel honneur pour les salariés japonais! Oui mais ça c’est quand on voit le verre à moitié plein. Buvons un coup et regardons le verre vide maintenant. Toutes ces belles paroles signifient souvent un lot de sacrifices énorme et une vie dédiée au travail. Si vous rêvez de travailler dans une entreprise japonaise c’est super. Mais renseignez-vous bien au préalable et soyez sûrs d’être capable de bosser comme des fous, avec des horaires de dingues et des managers intransigeants. Tout ça en costume et avec des chaussures qui vous font mal au pied. Tentant hein? Des rapports fréquemment établis prouvent d’ailleurs que les japonais, s’ils passent beaucoup de temps au travail, ne sont pas pour autant les plus productifs. Il s’agit surtout de rester tard pour faire bonne figure et saluer son boss d’un “otsukare sama desu” et de 2-3 courbettes avant de rentrer éreinté chez soi. Et vive les 100 heures d’heures supplémentaires par mois et la seule semaine de vacances dans l’année, kanpai !

Mais rassurez-vous, la plupart des français qui souhaitent s’expatrier au Japon n’ont pas ce problème. Tout simplement car ils n’arrivent pas à obtenir un Visa pour rester travailler dans le pays! Et oui mon coco, même là on te met un petit bâton dans les roues, hop! En même temps, il est plutôt normal qu’une population souhaite restreindre son flux d’immigration pour ne privilégier que les plus qualifiés. C’est particulièrement le cas au Japon. Soyez donc prêts et armez-vous de toutes vos armes pour surpasser cette épreuve : JLPT, dîplome FLE, dîplome niveau Master, budget conséquent…

Japonais – pas japonais

En me baladant sur les réseaux sociaux, je tombe parfois sur des messages qui me font rire, qui me navrent, mais qui le plus souvent me font mal au cœur. Si vous êtes fan de culture japonaise et que vous passez votre temps sur le Web, vous les avez certainement déjà vu. En voici un exemple :

je-reve-d-aller-au-japon

Au risque de briser le cœur de certains (ne m’en voulez pas), vous ne serez jamais japonais. Vous aurez beau parler un japonais excellent, être devenu expert dans l’art de la calligraphie ou du bonsaï, ou même avoir acquis la nationalité japonaise (oui oui certains le font), aux yeux de la population locale vous resterez un gaijin, un étranger. Le Japon est composé à 98% de japonais d’origines japonaises et niveau intégration il prend plutôt son temps. Quand on est un fervent défenseur de l’intégration sociale et culturelle, qu’on rêve de pays hyper-cosmopolites et qu’on arrive au Japon plein de bonnes intentions : on peut vite être déçu. Mais il faut s’y faire car c’est une réalité.

Le souci majeur avec ce parcours semé d’embûches, c’est que si l’on s’y prend mal ou qu’on a pas de chance, la solitude peut vite pointer le bout de son nez. Dans un pays où chacun tente d’éviter de frôler son voisin au maximum et où tisser des relations sociales n’est pas évident, mieux vaut vite se faire quelques connaissances. Aujourd’hui, après 1 an passé au Japon, j’en suis arrivé à un constat : vivre au Japon un jour pourquoi pas, mais dans une entreprise étrangère ou en auto-entrepreneur, et surtout entouré d’un bon groupe d’amis étrangers.

Mais on en redemande !

Mais oui, il est là le point positif, celui qui permet de terminer l’article sur une bonne note. Vous l’attendiez! Car malgré tous ces freins, malgré toutes ces embûches quotidiennes qui font que notre vie de français au Japon n’est pas une mince affaire : c’est un bonheur perpétuel! On souffre plus ou moins quotidiennement de ce genre de choses, mais on en redemande! Parfois c’est à se demander si on n’aime pas se faire maltraiter! Après une sale journée, il me suffit de me balader dans les rues illuminées de Shinjuku, ou encore de tomber sur un temple inconnu, pour que mon visage s’illumine et que je remercie le ciel de cette chance que j’ai de pouvoir vivre au Japon, de pouvoir appréhender une autre culture et vivre des instants inoubliablesComme si ces moments magiques supplantaient à eux-seuls tout le reste. Le Japon comme une drogue, comme un Amour destructeur. Venez vivre au Japon, c’est passionnant!

Loading comments...