Shirakawa-Go白川郷 est un petit village situé au Nord de la préfecture de Gifu au Sud de Kanazawa. Littéralement « le village de la rivière blanche ». Les habitations sont installées dans la vallée suivant le cours de la rivière Sho. Cette dernière prend source au Sud à Hirugano et s’écoule au Nord se jetant dans la mer du Japon à Toyama. Situé tout juste à 600m d’altitude les conditions géographiques du village sont propices aux lourdes chutes de neige. Il est courant qu’un bon mètre de neige tombe en une nuit. Cependant, il serait malheureux de penser que seul l’hiver existe à Shirakawa-Go. Bien que ce soient souvent les images de neige qui lui collent à la peau, les quatre saisons se suivent et ne se ressemblent pas ! Enregistré depuis 1995 au patrimoine de l’UNESCO les 114 maisons de style gassho-zukuri sont éparpillées sur trois villages : Suganuma菅沼, Ainokura相倉 et Ogimachi荻町.

Les gassho-zukuri 合掌造り, qu’est-ce que c’est ?

Derrière ce nom barbare se cachent en réalité les maisons traditionnelles de la région Hida. Leur nom est composé de deux mots japonais « gassho  合掌»  et « zukuri  造り». Le premier est utilisé lors des prières dans les temples bouddhiques et se réfère à l’action de joindre les mains en respect des dieux. Le second signifie « construction ». Cette construction à la même forme que vos mains et bras lorsque vous faite l’action « gassho 合掌». Il existe par ailleurs 3 styles différents de ces logements typiques : « Kiristuma  切妻» le plus répandu à Ogimachi, « Irimoya  入母屋» plus présent à Ainokura, et « Yosemune 寄棟 » absent de la région d’Hida mais présent à Kyoto et Fuji.  Ces maisons, si elles ressemblent, vues de loin, à nos chalets des Alpes, sont de grandes bâtisses de 3 à 4 étages fabriquées uniquement à partir d’éléments végétaux.

Reconnaissables à leur toit de chaume très dense, près de 80cm d’épaisseur, et abrupte, les gassho-zukuri sont devenues le symbole du village. Ce système de construction qui n’utilise ni clou ni vis permet de préserver la souplesse végétale de la structure. En effet, le toit souple se déforme sous le poids de la neige mais ne rompt point. Le vent fait vibrer le toit mais, par un ingénieux assemblage entre le toit et la structure des murs appelé « komajiri- 駒尻 – tête de toupie », il ne vient pas perturber le premier étage qui est l’étage de vie de la famille. Car dans les gassho-zukuri, seul le premier étage est occupé par les habitants en tant que maison alors que les étages supérieurs sont, ou plutôt étaient, réservés à l’industrie locale : l’élevage de vers à soie puis la fabrication de poudre à canon.

Au premier étage se trouve une pièce vitale pour ces maisons : l’ « irori – いろり», le foyer. Et comme il n’y a pas de fumée sans feu, vous imaginez l’intérieur de la maison… Cependant cette fumée est salutaire pour le toit. Cette dernière, en montant dans la toiture, assèche la chaume, ralentissant ainsi la formation de mousse. De plus, elle joue aussi un rôle d’insecticide. Cependant, l’arrivée de l’électricité et du gaz ont entraînés l’extinction des foyers. Par conséquent, les toits se dégradent bien plus rapidement qu’avant. Si avec l’irori les toits pouvaient tenir jusqu’à 60 ans, de nos jours ce sont tous les 20/30 ans qu’il faut refaire la toiture.

Le « yui- 結 » plus qu’un système d’entraide, un mode vie.

Refaire un toit, cela demande du temps et de la main d’œuvre. Comme dit plus haut, les maisons sont immenses et changer un pan de toit ne demande pas moins de 3 jours : enlever la chaume, vérifier les poutres, vérifier les « neso –ネソ », système de nœud fait à partir de branches et cordes végétales, changer les parties qui se sont dégradées puis recouvrir à nouveau la structure par de la chaume, la tasser puis la lisser et la tailler.

L’ensemble de ces tâches, si elles sont de nos jours plus aisément réalisables grâce aux machines, demandaient il y a plusieurs dizaines d’années la coopération des familles du village. C’était alors plus d’une centaine d’hommes et de femmes qui combinaient leurs efforts. Ce système d’entraide qui s’est mis en place s’appelle « yui ». C’est un système d’association de familles au sein du village : je t’aide aujourd’hui pour que tu m’aides demain. Le « yui » est lui aussi enregistré au patrimoine de l’UNESCO et par conséquent est préservé au sein de la vie du village. Si vous êtes chanceux, vous pourrez peut-être assister à une rénovation faite par le « yui » avec tous les membres du village s’entraidant à changer un toit.

Que faire à Shirakawa-go ?

Si vous ne devez visiter qu’un des trois villages du Gokayama五箇山, je vous recommande Ogimachi qui possède la plus haute concentration de maisons traditionnelles. Parmi ces maisons, les maisons des familles Wada, Nagase, Kanda et ainsi que le temple Myozen-ji sont les seuls ouvertes au public et officient comme musée au sein du village. Les autres maisons sont pour la plupart des « minshuku », des pensions, où vous pouvez passer la nuit avec dîner et petit-déjeuner compris pour 10,000 yen par personnes. Présentons maintenant les quatre maisons :

La maison Wada和田家

Maison du chef du village, sa toiture se démarque des autres avec un angle plus large. En la regardant depuis le point de vue on a l’impression qu’elle est plus grosse que les autres, c’est parce que le chef y habite ! La famille Wada est en charge du village depuis au moins l’époque Edo et les samouraïs. Ces derniers, venant sous le Bakufu visiter le village depuis Takayama, se reposaient dans cette maison. On y trouve encore des peintures et décorations de bois datant de cette époque. En été, la maison abrite au second étage quelques vers à soie pour témoigner de cette industrie.

La maison Nagase 長瀬家

Réputée comme étant la plus longue des maisons. Cette maison accueillait une famille de médecin de l’époque Edo. De nos jours, y sont exposés des outils de médecine de cette époque : mortiers, boites de transports, balances, etc.

La maison Kanda 神田家

Auparavant liée à la famille Wada elle s’en détacha en souhaitant ouvrir une brasserie à saké. Hélas l’affaire ne fut pas fructueuse. Dernière demeure bâtie en style gassho-zukuri, la famille Kanda fit appel aux meilleurs artisans pour la construire. Son design et le plan de sa structure sont le fruit d’une recherche et d’une sélection faite parmi les meilleures maisons traditionnelles d’Hida et d’Ishikawa. La maison Kanda est aussi l’unique maison où vous serez invités à grimper jusqu’au dernier étage pour profiter d’une belle vue. Au rez-de-chaussée un irori brûle toute l’année et offre une belle photo souvenir avec la date. Un service de thé froid en été et chaud en hiver est aussi à disposition en regardant un film en japonais sur la construction des maisons.

Le temple Miyozen-ji 明善寺

Il s’agit là à la fois d’un temple et d’une maison traditionnelle. La visite de la maison se fait depuis le rez-de-chaussée jusqu’au 3ème étage avec une pause photo au second. De nombreux outils liés à la construction des maisons mais aussi à l’agriculture sont exposés au second et troisième étage. Si la fenêtre du troisième est ouverte vous bénéficierez d’une superbe vue sur la maison d’en face. Une fois la visite de la maison finie vous pourrez visiter l’espace intérieur du temple, sauf en cas de cérémonie, car le temple est toujours en fonction. Dernière pièce à voir avant de sortir, l’irori. A l’extérieur, ne manquez pas de jeter un coup d’œil au toit du temple en style Irimoya, le seul d’Ogimachi, et à sa cloche « shouroumon – 鐘楼», elle aussi inscrite au patrimoine national et de style gassho-zukuri.

L’entrée de chaque maison est fixée à 300 yen.

Avoir une vue panoramique sur Shirakawa-go

Pour ce faire, un seul endroit : il faut se rendre au point de vue Shiroyama. Pour accéder au point de vue Shiroyama vous avez deux choix : marcher ou prendre le bus de transfert. Le bus part depuis un arrêt proche de la maison Wada. Un trajet en bus coute 200 yen, les départs se font toutes les 20 minutes. Attention, si le bus est complet il partira sans vous et vous devrez attendre le suivant 20 minutes plus tard. Ainsi, tant que les conditions vous le permette je vous conseille la marche. La vue depuis ce point est magnifique, et vous pourrez admirer l’ensemble du village, été comme hiver.

Des événements toute l’année à Shirakawa-Go

Si vous êtes chanceux ou si vous planifiez avec assez d’avance la visite du village, vous pourrez peut-être assister à l’un des événements de Shirakawa-Go.

Doburoku-matsuri どぶろく祭

Le festival Doburoku se déroule tous les ans du 14 au 19 Octobre, prenant place un jour après l’autre dans un des cinq temples de Shirakawa-Go. Ce festival qui remercie les dieux pour la récolte de l’année a aussi pour but de rapprocher les cœurs de tous les villageois, renforçant le « Yui ». Et quoi de mieux que de partager un verre de « doburoku – どぶろく» pour renforcer les liens, en buvant avec modération. Le « doburoku » est un saké non raffiné qui est d’ordinaire réservé uniquement aux dieux. Le vrai doburoku ne peut-être bu que lors du festival, d’autres « nigori-sakés – にごり酒 » utilisent cependant ce nom.

Les illuminations d’hiver de Shirakawa-Go白川郷ライトアップ

Sans aucun doute l’événement le plus connu et le plus attendu du village. Tout d’abord sans limite de visiteurs et sans date précises, les illuminations ont rencontré un tel succès qu’aujourd’hui l’événement est très limité en accès. En 2019, les illuminations ont eu lieu 6 fois courant Janvier et Février, les dimanches ou lundi fériés.  L’accès au parking et l’accès au point de vue nécessitent une réservation. Il existe aussi de nombreux tours au départ de grandes villes telles que Nagoya, Takayama et Kanazawa.

Le très secret test des canons à eau du village

A Shirakawa-Go, de nombreux canons à eau sont dispersés dans le village car rien n’est plus dangereux que les incendies. Une fois par ans à la fin Octobre tous les canons sont testés en même temps, créant d’immenses gerbes d’eau aux quatre coins du village. Si d’une part cela permet de tester le bon fonctionnement des pompes et tuyaux c’est aussi un spectacle incroyable à voir depuis le point de vue. Hélas la date n’est semble-t-il jamais publiquement annoncée…

Comment accéder à Shirakawa-Go ?

Avis à tous ceux qui utilisent le JRpass, à l’exception de celui d’Hokuriku, il vous sera cette fois-ci inutile, car seuls les bus accèdent au village.

  • Depuis Takayama (高山) la compagnie de Bus Nohi (濃飛バス) propose de nombreux départs avec ou sans réservation. Il vous faudra compter environ 1 heure de bus pour y arriver et compter un coût de 2,600 yen par personne. (aller-retour à 4,600 yen)
  • Depuis Kanazawa (金沢) la compagnie de bus Hokutetsu (北鉄バス) offre de nombreux départs nécessitant une réservation. Il vous faudra compter 1h20 de transport et un coût de 1,850 yen par personne (aller-retour à 2,470 yen)
  • Depuis Nagoya (名古屋) la compagnie de bus Gifu Bus (岐阜バス) propose 4 départs par jour nécessitant une réservation. Il vous faut compter presque 2h50 de transport, et un coût de 3,900 yen par personne. (aller-retour à 7,000 yen)

 


Svetlana Zehnder

Installée au Japon depuis 2016, j'espère vous donner l'envie de découvrir ce magnifique pays au travers de mes écrits.

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